Le Pigeon de Jade

Maintenant je veux une feuille blanche,
Grande comme ce ciel gris,
Et pleuvoir des points d’interrogations,
Noirs comme des parapluies.

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons du Saint-Esprit qui s’envolaient sur la place ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont les beaux corps irisés ont la forme d’un coeur et sont comme les lilas du règne des oiseaux ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons qui sont des oiseaux de la famille des Columbidae, vivant à l’origine dans les milieux terrestres mais s’étant répandus, pour certaines espèces, en plaine et dans les villes, et se nourrissant principalement de graines, mais avec un régime très élargie autour des lieux où les déchets alimentaires leur sont disponibles, ce qui les fait parfois qualifier d’éboueurs urbains ?

Combien peut-on vivre de passion ?
Pourquoi la vérité matérielle ?
Qui a invoqué les mauvais esprits ?
Qu’est-ce qui rend la pensée infidèle ?
Faut-il arrêter la poésie ?
Quelle est la valeur de l’ennui ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons (jon) n. m. (lat. pipio) oiseau de l’orde des colombins dont plusieurs espèces sont domestiquées : les pigeons vivent par couples ou par bandes. (Cri : le pigeon roucoule) Fig. Dupe, gogo : plumer un pigeon ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes, ni froissements de feuilles est un lieu neutre pour tout dire ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons à deux sur une branche ou sur le balcon d’une église – planant vers une forêt, une fontaine ou une maison – roucoulant d’amour, de victoires et de valises ?

Nous sommes ces deux pigeons morts
Que j’ai vu écrasés ensemble
Près du vieux chêne solitaire,
Où je m’étais arrêté pour t’impressioner.

 

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Proust I

Collages littéraires à partir de fragments de phrase du premier tome d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust : Du côté de chez Swann publié en 1913.

a.

C’est un coco des plus malfaisants et une sorte d’expression géographique abstraite, à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides.

b.

Le visage antipathique et sublime de la vraie bonté avait aperçu l’éclat des casques ôter de leurs mains résignées de longs gants d’une grâce inutile comme après l’effeuillement mélancolique d’une fête galante la musique de chambre de l’été.

c.

La montre et le parapluie, un petit coup au carreau, un sujet où je puisse faire tenir une signification philosophique infinie, pour ne manquer ni l’heure de la pepsine ni des vêpres dans l’espèce d’écran diapré d’états différents.

d.

La paysanne médiévale,  trempée d’outremer et de rose, règne végétal de l’atmosphère, refaisant inutilement la double traversée comme cet hyménoptère observé par Fabre, ne cachait rien au delà d’elle-même.

e.

Les derniers roucoulements du tonnerre, pauvres morceaux d’un vieux professeur de piano  à la lumière des rampes de théâtre, pour ajouter à la poésie de l’hivernage les brusques scrupules de son père.

f.

L’abside de l’église de Combray, produit sans prestige de la correcte fantaisie du jardinier que méprisait ma grand-mère et sa bouche marquée d’un pli amer, avait tracé au dessus des rideaux  la rivalité de François I et de Charles-Quint.

g.

La surprise d’un barbare d’être le jouet inerte et mécanique du bonheur, sans le reliquat d’une intention, le temps d’entendre les craquements organiques des boiseries.

h.

La sonorité mordorée du nom de Brabant, le déclic de leur diététique étrange, inéluctable et funeste, faisait dans une image exploser cette beauté, jusqu’à la lumière orange, reconnaissant les gestes obséquieux et réticents.

24

Reprends-moi,
Peut-être

Si tu as peur,
Depuis le balcon,
Penchée à la fenêtre

Si tu le veux,
Dans la cuisine,
Couchés sur le parquet

Je n’ai pas d’autre mensonge
Que mon ignorance de bonze

Mais tu es la première
À avoir percé mon être

Et pour cela,
Il t’appartient

 

Paris Match

Viens,

Allons marcher,
Les saints-de-glaces sont passés,
On s’arrêtera là où les libellules se plaisent,

Vas-y,

Prépare l’escorte,
J’ai la boussole et l’idylle,
On sortira d’ici comme on se lève d’une chaise,

Allons,

Grande Randonnée,
Sur n’importe quel vieux sentier,
On dormira là où les fleurs sauvages se taisent,

Putain,

Bruxelles-La-Folle,
Est une blague dans un asile,
On ne parlera plus d’être caissier chez Delhaize,

Divins,

Revigorés,
L’Iris clair – visage bronzé,
On discutera de l’ombre bleue sous les mélèzes,

Vois-tu,

Première lueur,
Au réveil dans la clairière,
On foulera la rosée sur l’herbe grasse de la glaise,

Ma mie,

La nuit tombée,
Je ferai un feu sacré,
On lui donnera tout ce que le jour nous a fait d’aises,

Partons,

Le temps sans heures,
N’est qu’à un jet de pierre,
On fredonnera Le Vent Nous Portera de Noir Dés’…