Paris Match

Viens,

Allons marcher,
Les saints-de-glaces sont passés,
On s’arrêtera là où les libellules se plaisent,

Vas-y,

Prépare l’escorte,
J’ai la boussole et l’idylle,
On sortira d’ici comme on se lève d’une chaise,

Allons,

Grande Randonnée,
Sur n’importe quel vieux sentier,
On dormira là où les fleurs sauvages se taisent,

Putain,

Bruxelles-La-Folle,
Est une blague dans un asile,
On vendra des papillons pour se faire du pèze,

Divins,

Revigorés,
L’Iris clair visage bronzé,
On discutera de l’ombre bleue sous les mélèzes,

Vois-tu,

Première lueur,
Au réveil dans la clairière,
On foulera la rosée sur l’herbe grasse de la glaise,

Ma mie,

La nuit tombée,
Je ferai un feu sacré,
On lui donnera tout ce que le jour nous a fait d’aises,

Partons,

Le temps sans heures,
N’est qu’à un jet de pierre,
On fredonnera Le Vent Nous Portera de Noir Dés’…

 

Publicités

Quatrains du Printemps

a.

Jeune enfant, nous aurions joué ensemble,
Aujourd’hui tu es sur un banc – tu médites.
Et je passe sans un regard et sans un geste –
J’allais, baladant, dans la forêt de Soignes.

b.

Deuxième enfance qu’est le premier amour –
L’inimaginable stabilité de la marche !
Pouvoir reposer son regard loin dans la rue,
Au dessus de son propre trop bel espace.

c.

Surgît soudain l’image d’un vécu-hasard.
Surprise, victoire, et puis – acquiescement.
C’était bien cette sensation-là, mon corps !
Tu avais les bras acides, le torse lumière.

La Théologie du Poète

a.

Fleur, nuage, clairière, chêne, renard, bateau,
Je récite seulement l’enfance de chaque mot,
Les lueurs de la magie du Très-Haut.

b.

Ami de la gare, misère, épave, jeune mort,
Toujours on boit et on mange et on dort,
Comme ici chaque nuit il fait froid dehors.

c.

Ô Marie mère de la maternité,
Aimer, aider, prier, porter – Beauté,
N’est-ce pas toi qui berça le Crucifié ?

d.

Jeune était ma maman qui l’était hier,
Déesse de mon besoin d’amour moins fier,
Devenue princesse de l’aide financière.

e.

Quelque fois mon coeur bat à pas de chat,
Le matin des souvenirs pleins les lilas,
Au sortir des rêves fumant le tabac.

f.

Dans la rue, le froid, les phares, cinq heures quart,
Morceaux de sucre bleu sur le comptoir,
L’hiver lit la chaleur brune de s’asseoir.

g.

Vert illuminé de la noire saison,
Fenêtres orangées derrière les buissons…
Noël en rouge et or de la maison.

h.

Danse délicat, danse triste trèfle, ô fou de dieu, danse,
Je ne connais les êtres que dans l’errance,
Non personne n’est plus qu’un quelconque qui pense.

Prêche du Métropolitain

Nous sommes réunis,
Mes frères et soeurs,
Par quelques villes,
Dans certaines rues,
Sur certaines lignes.

Nous portons le monde,
Mes frères et soeurs,
Sur nos visages,
Dans nos langages,
Par nos envies.

Nous les séparés,
Mes frères et soeurs,
À la dérive,
Sur certaines îles,
Par certains drames.

Nous sommes une conscience,
Mes frères et soeurs,
Dans le temps
Par amour
Pour la création.

Nous sommes rien et tout,
Mes frères et soeurs,
Sur certaines lignes
Par certaines rues,
Dans quelques villes.