Rue Henri Maubel

J’aime le calme

J’aime calmement reprendre le chemin du lent
J’aime revoir cet arbre, ce salon, ce balcon
J’aime revoir vos visages durables
J’aime à aimer – même malades

Parce qu’on est tous psychiquement instable
Parce qu’on est chic, parce qu’on est diable
Parce que c’est dur d’être l’étoile du Nord
Parce que chaque jour se susurre la mort

Parce que l’on meurt

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Le Rétroviseur

Il y a de par le globe bleu vert de monde,
Des miroirs sans nombres,
Où de pendantes superstitions s’annoncent…

Doucement, gravement,
Comme des paires de gants de laine blanche,
Les idoles se balancent…

Dans les cars colorés colombiens,
Jaunes taxis tunisiens,
La Peugeot grise des Chinois parisiens.

Poème de la House

Personne n’a senti ce courant d’air froid
En dessous de la lumière et au dessus du son
Ce courant d’air froid que personne n’a senti
Est passé entre la gestuelle et la mimique

Hypnotisé par la danse tribale sur la house music
En dessous de la lumière et au dessus du son
Personne n’a senti ce courant d’air froid
Qui passa entre la gestuelle et la mimique

 

Rue de Venise

Dieu est un monstre qui relie tout dans sa conscience tentaculaire
Et le carrelage bleu clair et l’appel de Luca et le soleil de l’hiver
Et le lion qui pourrait être là en forme de peluche sur le séchoir
Entre la plante grasse sur l’appuie-fenêtre et les trois tomates.
Mais il n’est pas là c’était une image que je trouvais nécéssaire,
Parmi  tant de voluptés et de minauderies appartementales
D’un Luxembourgeois littéraire dont on emprunte le sédentaire

Le Printemps

Épargnez le matin,

L’orange rosé, le pamplemousse,
La parquet doré, la blancheur du lit,
La fenêtre du printemps, le pépiement,
La beauté des verts sur le chemin matinal,

Cette matinée épargnez-la,

Qui se réveille sans enfance, par habitude,
Le café, le tabac, le trajet, le travail
Peut tout aussitôt se recoucher sans sommeil,
Il ne retrouvera plus la pureté du papier.

 

Le Pigeon de Jade

Maintenant je veux une feuille blanche,
Grande comme ce ciel gris,
Et pleuvoir des points d’interrogations,
Noirs comme des parapluies.

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons du Saint-Esprit qui s’envolaient sur la place ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont les beaux corps irisés ont la forme d’un coeur et sont comme les lilas du règne des oiseaux ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons qui sont des oiseaux de la famille des Columbidae, vivant à l’origine dans les milieux terrestres mais s’étant répandus, pour certaines espèces, en plaine et dans les villes, et se nourrissant principalement de graines  ?

Combien peut-on vivre de passion ?
Pourquoi la vérité matérielle ?
Qui a invoqué les mauvais esprits ?
Qu’est-ce qui rend la pensée infidèle ?
Faut-il arrêter la poésie ?
Quelle est la valeur de l’ennui ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons (jon) n. m. (lat. pipio) oiseau de l’orde des colombins dont plusieurs espèces sont domestiquées : les pigeons vivent par couples ou par bandes. (Cri : le pigeon roucoule) Fig. Dupe, gogo : plumer un pigeon ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons dont une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes, ni froissements de feuilles est un lieu neutre pour tout dire ?

Pourquoi n’est-on pas beau comme les pigeons à deux sur une branche ou sur le balcon d’une église – planant vers une forêt, une fontaine ou une maison – roucoulant d’amour, de victoires et de valises ?

Nous sommes ces deux pigeons morts
Que j’ai vu écrasés ensemble
Près du vieux chêne solitaire,
Où je m’étais arrêté pour t’impressioner.