Poème de Paris

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute,

Il nous faudra oublier Paris,

Et le suave verre de vin vide
Aux soupçons délicats de rouge regret
Et ce goût de trop peu que trop bien on connaît…

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute,

Il nous faudra oublier Paris,

Et les tables de blanches tasses
Aux absences solitaires de yeux abstraits
Avec la soucoupe, la pièce, le sucre et le lait…

Et puis il nous faudra vivre ensemble en silence,

Et ne pouvoir désigner l’émerveillement
Que par une moue d’étonnement
Comme une nuée d’anges qui dansent

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute.

 

Hommage à Marie

Au plaisir de Dieu
Les fleurs brillent même dans l’ombre

Une osmose délicieuse
Entre cinq pierres de silence

Une extase naturelle
Entre cinq fleurs de présence

Qu’il y ait deux directions
Tel est le seul miracle

Vivre au bord d’une rivière
Comme pour un long spectacle

D’une seule spectatrice
Vierge Marie mère de Dieu.

Vous étiez la libellule
Dont je bénissais le bleu.

La belle transmutation
De l’acier inox en or

N’était que le clin d’oeil
D’un long regard amoureux

Aux cinq pairs de yeux
Qui admiraient vos trésors.

Au plaisir de Dieu,
Les couleurs sont sans nombre.

 

Poème du Champ

Les reflets translucides du soleil couchant
Sur l’eau mouvante de la rivière
Qui caressent le dessous des branches

Ils flottent, ils filent, ils fondent,

Impalpablement.

Le bruissement des milliers de feuilles
Des peupliers brassés par la brise
À la hauteur indélicate des tours d’habitation

Il lèche, il râpe, il chante,

Inlassablement.

Les dizaines de meules de foins
Sur l’herbe de la plaine qui s’étire
Sous la stature immobile d’un héron :

Ils portent, ils pèsent, ils pensent,

Solennellement.

Le tintement de la cloche de bronze
Dans le clocher clair à la toiture sombre
Qui sonne l’éternité de chaque seconde

Il jouit, il prie, il tombe,

Nonchalamment.

 

Éloge de la Mort

Quelle est la plus belle et délicieuse des vies ?

Celle de la parenté à la pureté divine,
Celle du sourire-brume et du silence-bourgeon,
Calme et sans colère le coeur de brume qui s’incline.

(Quand les enfants meurent ils deviennent des anges)

Quelle est la plus bonne et savoureuse des vies ?

Celle des enfants, des mendiants et des mourants :
Aujourd’hui tu es un enfant et tu écris –
Demain peut-être il te faudra mendier dehors.

(Quand les mendiants aiment ils deviennent des sages)

Quelle est la plus vraie et valeureuse des vies ?

Celle de ton corps – composé d’atome qui change –
S’il est tenace c’est qu’il a sa joie en son empire
Un jour il fondra dans la terre, l’eau et l’avenir.

(Quand les mourants pleurent ils deviennent des chants)

Poème de l’Autostop

Quand je m’endors,
Je m’imagine être dans une grange,
Et je m’endors tout habillé, sans couvertures,
Sur une botte de foin.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être un pauvre pèlerin,
Et je m’endors en remerciant Ciel et Terre,
Comme un Amérindien.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être rassasié de pain,
Et je m’endors en me souhaitant de nouveaux rêves
Aux goûts d’amours anciens.

Liste de lecture

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I. Instinct de Création
II Poème du Printemps
I. Théologie du Poète
III. Poème de l’Automne
V. Épiphanies de Banlieue
VI. Poème du Christ
VII. Analyse du Jardin
VIII. Poème de Paris
IX. Hommage à Marie
X. Poème du Champ
XI. Éloge de la Mort
XII. Poème de l’Autostop