Poème de l’Autostop

Quand je m’endors,
Je m’imagine être dans une grange,
Et je m’endors tout habillé, sans couvertures,
Sur un tas d’botte de foin.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être un pauvre pèlerin,
Et je m’endors en remerciant Ciel et Terre,
Comme un Amérindien.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être rassasié de pain,
Et je m’endors en me souhaitant des rêves nouveaux
Au goût d’amours anciens.

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La Pâques à Pontoise

J’aide, quand tu portes tes longues robes blanches,
J’aide, quand tu portes tes collants de couleur orange,
J’aide, quand ton sac à dos rouge est tout en petitesse,
J’aide, quand tu portes tes chaussures de clownesse,

J’aide aussi pour nettoyer le Tupperware et la cuillère,
Quand tu as préparé des graines de semoule de blé,
Avec une boîte de sardines qui dégoulinait d’huile,
À Vaux-le-Cernay en regardant le couchant sur les ruines.

J’aide, quand tes bras me font dormir dans une église à Trieste,
J’aide, quand tu acceptes ma demande en fiançailles aux vignes,
J’aide quand tu mûris un enfant dans l’avenir d’une simplicité divine,
J’aide, quand tu pleures comme tu as peur que je succombe à la folie divine.

N20

C’était Juillet-la-Belle
Et les vaches pâturaient
Au bord de l’eau ombragée

C’était France-la-Creuse
Et Marine murmurait
En lessivant le linge usagé

C’était Juillet-la-Lente
Et moi-même s’effaçait
En remplissant les mots-croisés 

C’était France-la-Fursac
Et le bar-tabac vivotait
Assommé entre la rivière et l’église

Yougoslavie

Dans la gare de Sarajevo,

Un pigeon glisse
Sur les dalles de faux-marbre rouge.
Il atterrit
Avec la légèreté d’un rayon de soleil
Dans le grand hall.

Princesse Xena
Transforme ses névroses en cendres.
Elle réfléchit
Dans la profondeur de l’irréversible
À ce qu’elle fait.

Aquarium
Les voix résonnent dans le grand hall.
Il amplifie
Des bruits de pas le cliquetis d’une tasse un appel
À l’éternel.

Coca-Cola
Une fresque pétille de couleur.
Elle accueillait
Les voyageurs Yougoslaves avec un ourson
‘Dobrodošli !’

Jardin de fou,
Les corps s’épanchent comme à la plage.
Ils s’approprient
Le hangar coloré de jeux et de sucres
En marginaux.

Ô Marlboro
La femme en fichu fleuri fume.
Elle établit
En discours à table comme une ancienne mercenaire
Ses amertumes.

Un poème flotte
En poussière de temps suspendus.
Il adoucit
La plume déjà douce de la caresse du soleil
Dans le grand hall

De la gare de Sarajevo.

La Bohème

J’aime le calme

J’aime calmement reprendre le chemin du lent
J’aime revoir cet arbre, ce salon, ce balcon
J’aime revoir vos visages durables
J’aime à aimer – même malades

Parce qu’on est tous psychiquement instable
Parce qu’on est chic, parce qu’on est diable
Parce que c’est dur d’être l’étoile du Nord
Parce que chaque jour se susurre la mort

Parce que l’on meurt