Liste de lecture

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I. Instinct de Création
II Poème du Printemps
I. Théologie du Poète
III. Poème de l’Automne
V. Épiphanies de Banlieue
VI. Poème du Christ
VII. Analyse du Jardin
VIII. Poème de Paris
IX. Hommage à Marie
X. Poème du Champ
XI. Éloge de la Mort
XII. Poème de l’Autostop

 

 

Poème du Printemps

Épargnez le matin,

L’orange rosé, le pamplemousse,
La parquet doré, la blancheur du lit,
La fenêtre du printemps, le pépiement,
La beauté des verts sur le chemin matinal,

Cette matinée épargnez-la.

Qui se réveille sans enfance, par habitude,
Le café, le tabac, le trajet, le travail
Peut tout aussitôt se recoucher sans sommeil,
Il ne retrouvera plus la pureté du papier.

Théologie du Poète

a.

Fleur, nuage, clairière, chêne, renard, bateau,
Je récite seulement l’enfance de chaque mot,
Les lueurs de la magie du Très-Haut.

b.

Ami de la gare, misère, épave, jeune mort,
Toujours on boit et on mange et on dort,
Comme ici chaque nuit il fait froid dehors.

c.

Ô Marie mère de la maternité,
Aimer, aider, prier, porter – Beauté,
N’est-ce pas toi qui berça le Crucifié ?

d.

Jeune était ma maman qui l’était hier,
Déesse de mon besoin d’amour moins fier,
Devenue princesse de l’aide financière.

e.

Quelque fois mon coeur bat à pas de chat,
Le matin des souvenirs pleins les lilas,
Au sortir des rêves fumant le tabac.

f.

Dans la rue, le froid, les phares, cinq heures quart,
Morceaux de sucre bleu sur le comptoir,
L’hiver lit la chaleur brune de s’asseoir.

g.

Vert illuminé de la noire saison,
Fenêtres orangées derrière les buissons…
Noël en rouge et or de la maison.

h.

Danse délicat, danse triste trèfle, ô fou de dieu, danse,
Je ne connais les êtres que dans l’errance,
Non personne n’est plus qu’un quelconque qui pense.

Épiphanies de banlieue

a.

Aujourd’hui le voile de la ville
Comme sur la pointe des pieds
En des pastels de bleus perle
S’envolait… velouté…

b.

J’ai compris pourquoi le Taj Mahal.
Dans la nuit de l’orient du plaisir,
(Nous étions endormi dôme à dôme)
J’ai ressenti ton diamant-dromadaire…

c.

La tranche du pied est un paysage de montagne,
Les veines du bras sont fluviales,
Les ongles aux doigts sont des perles,
Les  graminées en fleurs ont les cheveux en tresses…

 

Poème du Christ

J’ai le coeur gonflé comme un corps,
Qui gondole de Christ et cours vers vous, hommes, femmes;
J’ai le coeur comme un tronc d’arbre
Quand mes mains remplacent vos dos tel un temple;

Car une étoile peut être brillante,
Et une étoile peut être laiteuse,
Mais une étoile reste de marbre.

J’ai le coeur affamé d’un Père dans le corps
Qui s’est offert dans le temps;
J’ai le coeur à nouveau et à nouveau le ventre
Quand ma douceur est de silence;

Mais mon amour est une phrase marrante
Et mon amour est une valse neigeuse
Car mon amour est une virée tendre.

 

Analyse du Jardin

a.

Jour d’été
Depuis des heures je couve ta présence
Dilatée

Vide pesant
En offrande à un jardin de la ville
Un rectangle

En longueur
Les verts clairs les verts sombres le jaune tendre
Orangé

Quelques roses
Leur couleur écœurante rappelle certaine
Robe de bal

b.

Intérieur
Décret de ne pas te laisser passer
L’air de rien

Sous le sens
De t’examiner au plus près sans aide
Extérieure

En passant
Une sensualité une métaphore
Une noblesse

Un détour
Qui évoque la sensation d’un sentiment
La recueille

c.

Le regard
Qui s’épuise dans l’avenir intime d’un
Sac plastique

Fantasmes
Le grand départ une nouvelle langue la
Campagne

Que jamais
Rien ne s’arrête que nous nous poursuivons
Onirique

Que nous sommes
Les êtres de l’imperceptible oubli
De nos veilles

d.

Mais le rouge
Dans lequel le bois blanchit en cendres
Sable blanc

L’allégresse
Dans la nuit quand en même temps on s’étire
Endormi

Une poitrine
Qui s’offre pleine à nos museaux félins
Triomphante

Un jardin
Où l’on murmure au bourdon d’être doux
Dans la fleur

Poème de Paris

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute,

Il nous faudra oublier Paris,

Et le suave verre de vin vide
Aux soupçons délicats de rouge regret
Et ce goût de trop peu que trop bien on connaît…

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute,

Il nous faudra oublier Paris,

Et les tables de blanches tasses
Aux absences solitaires de yeux abstraits
Avec la soucoupe, la pièce, le sucre et le lait…

Et puis il nous faudra vivre ensemble en silence,

Et ne pouvoir désigner l’émerveillement
Que par une moue d’étonnement
Comme une nuée d’anges qui dansent

Pour vivre l’éveil aérien de l’impassible écoute.

 

Hommage à Marie

Au plaisir de Dieu
Les fleurs brillent même dans l’ombre

Une osmose délicieuse
Entre cinq pierres de silence

Une extase naturelle
Entre cinq fleurs de présence

Qu’il y ait deux directions
Tel est le seul miracle

Vivre au bord d’une rivière
Comme pour un long spectacle

D’une seule spectatrice
Vierge Marie mère de Dieu.

Vous étiez la libellule
Dont je bénissais le bleu.

La belle transmutation
De l’acier inox en or

N’était que le clin d’oeil
D’un long regard amoureux

Aux cinq pairs de yeux
Qui admiraient vos trésors.

Au plaisir de Dieu,
Les couleurs sont sans nombre.

 

Poème du Champ

Les reflets translucides du soleil couchant
Sur l’eau mouvante de la rivière
Qui caressent le dessous des branches

Ils flottent, ils filent, ils fondent,

Impalpablement.

Le bruissement des milliers de feuilles
Des peupliers brassés par la brise
À la hauteur indélicate des tours d’habitation

Il lèche, il râpe, il chante,

Inlassablement.

Les dizaines de meules de foins
Sur l’herbe de la plaine qui s’étire
Sous la stature immobile d’un héron :

Ils portent, ils pèsent, ils pensent,

Solennellement.

Le tintement de la cloche de bronze
Dans le clocher clair à la toiture sombre
Qui sonne l’éternité de chaque seconde

Il jouit, il prie, il tombe,

Nonchalamment.