Préface à un portrait intérieur

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Compagne rythmique, esquisse de paupière, criée de silence :
J’ai recueilli trois naines assises,
Leurs mains faciles étaient immenses,
Elles picoraient le ciel tel d’insoucieuses verveines insoumises.

 

 

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Le Poème de l’Autostop

I.

Prends-moi, voiture, automobile,
Et changeons de visages
Le temps d’une blague, d’une vague.

De grâce, voyageons, voyageurs,
Tendons nos mains mortelles,
Fils de Dieu, crois-moi, aide-moi.

II.

J’ai reçu aujourd’hui de l’eau de mon Seigneur
Qui toujours m’enjoint de ne point prendre peur
J’ai reçu un inconnu, des amis et une soeur,
J’ai reçu, ultime présent, la patience du coeur.

III.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être dans une grange,
Et je m’endors tout habillé, sans couvertures,
Sur un tas d’botte de foin.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être un pauvre pèlerin,
Et je m’endors en remerciant Ciel et Terre,
Comme un Amérindien.

Quand je m’endors,
Je m’imagine être rassasié de pain,
Et je m’endors en me souhaitant des rêves nouveaux
Aux goûts d’amours anciens

La Pâques à Pontoise

J’aide, quand tu portes tes longues robes blanches,
J’aide, quand tu portes tes collants de couleur orange,
J’aide, quand ton sac à dos rouge est tout en petitesse,
J’aide, quand tu portes tes chaussures de clownesse,

J’aide aussi pour nettoyer le Tupperware et la cuillère,
Quand tu as préparé des graines de semoule de blé,
Avec une boîte de sardines qui dégoulinait d’huile,
À Vaux-le-Cernay en regardant le couchant sur les ruines.

J’aide, quand tes bras me font dormir dans une église à Trieste,
J’aide, quand tu acceptes ma demande en fiançailles aux vignes,
J’aide quand tu mûris un enfant dans l’avenir d’une simplicité divine,
J’aide, quand tu pleures comme tu as peur que je succombe à la folie divine.

N20

C’était Juillet-la-Belle
Et les vaches pâturaient
Au bord de l’eau ombragée

C’était France-la-Creuse
Et Marine murmurait
En lessivant le linge usagé

C’était Juillet-la-Lente
Et moi-même s’effaçait
En remplissant les mots-croisés 

C’était France-la-Fursac
Et le bar-tabac vivotait
Assommé entre la rivière et l’église

La Pointe Rouge

Je ne me rappelle plus de tout, je reviens de loin, j’ai une image peut-être : Regarder un paquebot dans la pénombre qui longeait la ligne d’horizon et nous de nous arrêter pour contempler la nuit qui tombait sur le vaisseau vacillant qui avait tout l’air d’une bouteille en cristal jetée à la mer et qui flottait avec en son sein deux trois lumignons illuminés, et même le cristal semblait s’évaporer sur l’horizon hésitant du ciel et de la nuit.

Je me rappelle d’avoir demander le silence et la paix du regard, je me rappelle avoir eu envie d’émeraude, et de l’avoir fumer innocemment avec Jérémy, avec le sel de la mer qui nous séchait le visage. Nous sommes tous remontés vers la voiture garée en ville, il y avait ce beau chemin asphalté en blanc qui serpentait en remontant de la calanque et nous avons fini par marcher seul dans le fond de nos pensées avec les bras ballants. Au plus nous allions, au moins nous distinguions le chemin, et quelques fois nous prenions par la rocaille, pour éviter une boucle indélicate, et nous avons failli nous perdre et nous avons rencontré des ombres en chemin.

Je me rappelle dans la voiture que nous nous sommes tus en écoutant un disque marin, lunaire, électronique. Nous avons été chercher deux pizzas, deux pour quatre car deux sans sous, et nous les avons mangées en posant les boîtes sur une bouche d’égout, comme si nous étions des tortues-ninja. Nous nous sommes dit au revoir et nous sommes partis dans la montagne où nous dormions depuis trois nuits avec Marine et où faire l’amour me semblait chaque fois trop bruyant et facile, mais chaque désir est une âme qui brûle ou brille, alors quelque part, je prie.

Éloge à la Folie

Dans la gare de Sarajevo,

Un pigeon glisse
Sur les dalles de faux-marbre rouge.
Il atterrit
Avec la légèreté d’un rayon de soleil
Dans le grand hall.

Princesse Xena
Transforme ses névroses en cendres.
Elle réfléchit
Dans la profondeur de l’irréversible
À ce qu’elle fait.

Aquarium
Les voix résonnent dans le grand hall.
Il amplifie
Des bruits de pas le cliquetis d’une tasse un appel
À l’éternel.

Coca-Cola
Une fresque pétille de couleur.
Elle accueillait
Les voyageurs Yougoslaves avec un ourson
‘Dobrodošli !’

Jardin de fou,
Les corps s’épanchent comme à la plage.
Ils s’approprient
Le hangar coloré de jeux et de sucres
En marginaux.

Ô Marlboro
La femme en fichu fleuri fume.
Elle établit
En discours à table comme une ancienne mercenaire
Ses amertumes.

Un poème flotte
En poussière de temps suspendus.
Il adoucit
La plume déjà douce de la caresse du soleil
Dans le grand hall

De la gare de Sarajevo.

Rue Henri Maubel

J’aime le calme

J’aime calmement reprendre le chemin du lent
J’aime revoir cet arbre, ce salon, ce balcon
J’aime revoir vos visages durables
J’aime à aimer – même malades

Parce qu’on est tous psychiquement instable
Parce qu’on est chic, parce qu’on est diable
Parce que c’est dur d’être l’étoile du Nord
Parce que chaque jour se susurre la mort

Parce que l’on meurt